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Extrait d’une interview de Stanislas Cotton

Extrait d’un entretien à propos du bureau des allogènes, réalisé au Théâtre du Nord
Clique ici pour l’entretien entier

“Yannick Mancel : Vos pièces, il est vrai, s’inspirent presque toujours de l’actualité politique et sociale la plus brûlante. Combien en avez-vous écrites et quelles seraient vos préférées ?

Stanislas Cotton : Si mes calculs sont exacts, je pense être en train d’écrire la 34e, mais une dizaine seulement ont été publiées par Émile Lansman. Et le thème qui réunirait peut-être les plus importantes à mes yeux serait celui de la guerre. Je pense que nous portons tous la guerre en nous et qu’il s’agit d’une des composantes les plus complexes et les plus énigmatiques de l’humanité. Pourquoi cette pulsion qui nous habite est-elle si difficile à maîtriser et à contrôler, au point qu’elle se débride parfois dans les pires massacres et les pires génocides ? Il y a là quelque chose qui m’obsède et avec quoi je n’ai pas fini d’en découdre. J’éprouve à ce titre une affection particulière pour une trilogie composée de Le joli monde, Les Dents et Le Fauteuil, mais aussi pour une de mes petites dernières, Si j’avais su j’aurais fait des chiens dont je sais que votre public a découvert des extraits dans ce que vous appelez vos « avant-scènes».

Y. M. : J’ai néanmoins le sentiment que, par rapport à quelques uns des auteurs « de référence» qui traitent aussi de la question de la guerre – Edward Bond, Howard Barker, pour ne citer qu’eux –, vous avez de ce thème une approche très singulière.

St. C. : J’ai un principe : celui de m’éloigner le plus possible de la réalité ou de ce qu’on en sait, de tenir le réel à distance. Et pour cela j’ai recours à un premier procédé : attribuer à mes personnages des noms farfelus, incongrus ou rigolos. La langue et la situation, également irréelles ou déréalisées, font le reste, au point que le spectateur, dans un premier temps du moins, ne se sent absolument pas concerné. Il croit avoir affaire à une farce qui, sans aucun danger pour lui, va l’épargner, alors que j’essaie de faire en sorte que petit à petit les choses se retournent et que le spectateur se trouve progressivement confronté à lui-même et à ce à quoi il avait cru échapper.”

~ par Ministere de l'Amour sur mars 25, 2008.

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